Table des matières

Myriam, Yeshoua, la source et les messagers

Preambule

Ce texte propose une reflexion critique sur la chapelle de la Medaille miraculeuse, l'Immaculee Conception, le peche originel, la sexualite, la maternite, la place de Myriam - mere de Yeshoua - et la transformation progressive de cette femme juive en figure quasi divine dans une partie du christianisme institutionnel.

Il ne s'agit pas de mepriser Myriam, de nier la force des symboles ou de tourner en derision la foi sincere de personnes qui prient dans ces lieux. Il s'agit de distinguer sans confusion trois niveaux : l'histoire probable d'une femme juive de Galilee, les textes et le message de Yeshoua adulte, puis les constructions dogmatiques, devotionnelles et institutionnelles developpees au fil des siecles.

Cette distinction est necessaire. La foi peut elever l'etre humain, l'aider a vivre, a aimer, a esperer et a se discipliner. Mais elle peut aussi devenir un outil de peur, de culpabilite et de pouvoir lorsqu'une institution transforme des symboles en obligations et des recits en mecanismes de controle.

La chapelle de la rue du Bac

La chapelle Notre-Dame-de-la-Medaille-Miraculeuse, au 140 rue du Bac a Paris, est un lieu de pelerinage catholique lie aux recits d'apparitions de 1830 a Catherine Laboure, religieuse des Filles de la Charite. Selon le recit officiel, Myriam y aurait demande la frappe d'une medaille portant l'invocation : « O Marie concue sans peche, priez pour nous qui avons recours a vous. »

Cette formule est devenue le coeur de la Medaille miraculeuse. Elle a nourri une devotion immense, accompagnee de recits de protections, conversions et guerisons. Pour un croyant catholique, elle peut etre comprise comme une priere d'intercession. Pour un observateur historique ou critique, elle revele aussi le poids pris par une theologie mariale developpee bien apres les premiers textes chretiens.

Le probleme n'est pas qu'une personne prie ou porte une medaille. Chacun est libre de ses symboles et de ses pratiques. Le probleme commence lorsqu'une devotion particuliere est presentee comme si elle etait le centre du message de Yeshoua, ou lorsqu'elle attribue a une femme humaine des fonctions qui relevent, dans les faits, d'une quasi-divinisation.

« Concue sans peche »

L'expression « Marie concue sans peche » prete naturellement a confusion. Dans le langage courant, une conception evoque la procreation : la relation sexuelle - ou aujourd'hui une assistance medicale - par laquelle commence une grossesse.

Or, le dogme catholique de l'Immaculee Conception ne concerne pas la conception de Yeshoua dans le ventre de Myriam. Il concerne, selon le catholicisme, la conception de Myriam elle-meme par ses parents, traditionnellement appeles Anne et Joachim.

Il faut donc distinguer deux recits :

  1. La conception de Myriam : sa venue a l'existence comme enfant de ses parents.
  2. La conception de Yeshoua : le recit chretien de sa naissance, interprete dans la doctrine catholique classique comme une conception virginale.

L'Immaculee Conception affirme que Myriam aurait ete preservee du « peche originel » des le premier instant de son existence. Ce dogme a ete defini formellement par le pape Pie IX en 1854, pres de dix-neuf siecles apres la naissance supposee de Myriam.

Cette precision ne resout pas toutes les difficultes. Dire qu'une personne est « concue sans peche » laisse entendre que les autres conceptions se font, d'une maniere ou d'une autre, avec peche. C'est precisement la que le systeme theologique devient problematique.

Peche originel et sexualite

Dans la doctrine catholique officielle, le peche originel n'est pas presente comme une faute commise par un bebe ni comme la faute personnelle des parents au moment de concevoir. Il est decrit comme un etat herite par toute l'humanite : une condition de rupture ou de separation d'avec D, liee au recit d'Adam et Eve.

Le Catechisme catholique emploie une distinction importante : le peche originel serait un peche « contracte » et non « commis », un etat et non un acte. Dans cette logique, l'enfant ne serait pas coupable personnellement ; il naitrait dans une humanite deja blessee.

Mais l'histoire de la doctrine montre une realite moins neutre. Chez Augustin d'Hippone, dont l'influence sur le christianisme latin a ete immense, la transmission du peche originel est fortement associee a la concupiscence sexuelle. Il ne dit pas necessairement que toute relation sexuelle est mauvaise ; mais il voit dans le desir sexuel, apres la « chute », une perte de maitrise et un signe de la nature dechue. La generation charnelle devient alors le canal de transmission de cette condition.

C'est pourquoi l'expression « concue sans peche » continue de sonner comme si la conception ordinaire etait contaminee. Le discours officiel essaie de dire : « le sexe n'est pas le peche ». Mais l'heritage historique reste evident : sexe, desir, naissance, corps et transmission du mal ont ete tres souvent mis en relation.

Maitrise de soi, non honte

Il faut distinguer deux idees que l'on confond souvent.

La premiere est raisonnable : l'etre humain doit apprendre a ne pas etre l'esclave de ses pulsions. Le desir n'est pas honteux, mais il peut devenir destructeur s'il conduit a la violence, au mensonge, a l'infidelite, a l'exploitation, a l'abandon des enfants ou a la consommation de l'autre comme d'un objet. Le mariage, ou plus largement un engagement fidele et responsable, peut offrir un cadre de stabilite, de confiance et de responsabilite.

La seconde est toxique : faire de la sexualite elle-meme une souillure, faire du corps un probleme, ou faire porter aux femmes la culpabilite des desirs masculins, de la naissance et des maux du monde.

Une ethique adulte vise la maitrise de soi, le respect, le consentement, la fidelite librement choisie et la responsabilite. Elle ne vise pas la honte. Une institution qui pretend aider les personnes a devenir plus responsables doit les conduire vers la verite et la liberte, non les maintenir dans la peur de leur propre corps.

Eve et la culpabilisation

Le recit d'Eve a souvent ete utilise, au cours de l'histoire chretienne, comme une arme symbolique contre les femmes. Meme lorsque la doctrine officielle affirme que la faute concerne Adam et Eve, l'imaginaire religieux populaire a frequemment presente Eve comme la premiere seductrice, celle qui entraine l'homme, celle par qui le mal entre dans le monde.

Cette imagerie a eu des effets concrets : suspicion envers la sexualite feminine, controle du corps des femmes, valorisation de la virginite au-dessus de la maternite ordinaire, subordination dans la famille et exclusion du pouvoir religieux.

Myriam est alors placee comme l'antithese d'Eve : la ou Eve serait la femme coupable, Myriam serait la femme parfaite ; la ou Eve serait associee au desir, Myriam serait associee a une purete sans sexualite ; la ou Eve « desobeit », Myriam « obeit ».

Le mecanisme est puissant, parce qu'il enferme les femmes dans une alternative impossible :

  1. Etre vierge, donc supposement pure.
  2. Etre mere, mais sous le signe du sacrifice, de l'effacement et de la culpabilite.
  3. Etre jugee comme trop libre, trop desirante ou trop independante.

La femme humaine reelle disparait derriere des roles imposes. Cette structure peut fonctionner comme une technique de controle social : elle fabrique de la honte, puis offre l'institution comme gardienne de la purete, de la morale et du pardon.

Il ne faut pas pretendre que chaque croyant ou chaque pretre agit consciemment avec l'intention de manipuler. Ce serait faux et simpliste. Mais une structure peut produire des effets de domination meme quand beaucoup de ses membres sont sinceres. L'analyse doit porter sur les consequences reelles, pas seulement sur les intentions declarees.

Les freres de Yeshoua

Les Evangiles parlent explicitement des « freres » et des « soeurs » de Yeshoua. Les noms de Jacques, Jose ou Joseph, Simon et Jude apparaissent dans Marc 6,3 et Matthieu 13,55-56 ; les soeurs ne sont pas nommees.

L'interpretation catholique traditionnelle affirme que Myriam est restee vierge toute sa vie. Pour preserver ce dogme, elle avance principalement deux possibilites : les « freres » seraient des cousins, ou des enfants de Joseph issus d'un premier mariage.

Ces explications existent, mais elles ne sont pas imposees par le texte lui-meme. Dans le sens ordinaire des mots, et selon une part importante de l'exegese historico-critique contemporaine, Yeshoua avait probablement des freres et des soeurs, enfants de Myriam et de Joseph apres lui.

Il est plus honnete de dire que nous ne pouvons pas etablir chaque detail de la famille de Yeshoua avec une certitude absolue ; mais les textes donnent des raisons solides de penser qu'il n'etait pas enfant unique. La virginite perpetuelle n'est pas une donnee historique demontree : c'est une affirmation dogmatique issue d'une lecture theologique ulterieure.

Il faut surtout poser la question essentielle : pourquoi une epouse et mere qui aurait une vie conjugale normale devrait-elle etre consideree comme moins pure ? L'idee meme d'une purete superieure obtenue par l'absence de sexualite contient une devalorisation implicite de la vie conjugale et des meres ordinaires.

Yeshoua enfant et adulte

Les recits de naissance de Yeshoua ont une place importante dans Matthieu et Luc, mais ils sont brefs compares a l'ensemble des Evangiles. Le coeur du recit concerne Yeshoua adulte : sa parole, son enseignement, ses rencontres, ses guerisons, ses conflits avec les autorites, son arrestation, son execution et la foi de ses disciples dans sa resurrection.

Le Yeshoua qui montre un chemin vers D est l'adulte qui proclame le Royaume, appelle a la justice, denonce l'hypocrisie, se tient aupres des pauvres et des exclus, ne se laisse pas enfermer par les autorites religieuses, et appelle chacun a une transformation interieure reelle.

Un bebe ne peut pas enseigner. Il peut etre un symbole de vulnerabilite, de naissance, d'esperance ou d'incarnation pour ceux qui croient a ce recit. Mais il ne doit pas faire disparaitre le message du prophete adulte.

La creche et la devotion a l'Enfant Jesus se sont fortement developpees dans l'Occident medieval, notamment a partir de Francois d'Assise au XIIIe siecle. Elles peuvent toucher l'emotion et rappeler la pauvrete. Mais elles ont aussi un effet possible : rendre Yeshoua inoffensif, attendrissant, silencieux, et detourner l'attention du Yeshoua adulte qui derange les puissants et appelle a changer de vie.

On peut admirer une creche sans s'y arreter. Le danger commence lorsque l'emotion autour du bebe prend la place de l'ecoute du message adulte.

Le bapteme et la mission

Le bapteme de Yeshoua par Jean est raconte dans les quatre Evangiles et est generalement considere comme l'un des episodes les plus solides historiquement de sa vie publique. Les recits evoquent l'ouverture des cieux, la descente de l'Esprit et une voix declarant : « Tu es mon Fils bien-aime » ou « Celui-ci est mon Fils bien-aime ».

Dans une lecture directe, ce moment constitue la manifestation publique de l'election, de l'onction et de la mission de Yeshoua. C'est apres cet episode qu'il entre dans sa vie publique.

Les traditions chretiennes ulterieures ont interprete ce recit de differentes facons. La doctrine catholique et trinitaire affirme que Yeshoua est Fils de D de toute eternite. D'autres courants anciens, souvent appeles adoptionnistes, ont lu le bapteme comme le moment ou D choisit ou adopte Yeshoua pour sa mission.

Cette seconde lecture a ete rejetee par l'Eglise institutionnelle, mais elle prend au serieux la force narrative du bapteme comme debut de la mission. Elle permet de maintenir une distinction nette entre D qui choisit et envoie, et Yeshoua, homme inspire, consacre et porteur d'une mission.

Dans tous les cas, Myriam n'est pas le sujet de la scene. Le recit met en avant Yeshoua, l'Esprit et D. Myriam n'y recoit ni pouvoir divin, ni fonction de mediatrice universelle, ni merite qui la placerait au-dessus des autres etres humains.

Myriam : respect, non divinisation

Myriam merite le respect. Elle est la mere de Yeshoua. Elle a probablement connu les contraintes, les dangers et les humiliations qui pesent sur une femme juive pauvre de Galilee sous domination romaine. Elle a porte, nourri et eleve un fils devenu une figure majeure de l'histoire humaine.

Mais le respect n'exige pas la divinisation.

Dans les Evangiles, Myriam est une mere humaine. Elle apparait dans quelques episodes : les recits de naissance, l'episode de Yeshoua adolescent au Temple, les noces de Cana dans Jean, des scenes ou sa famille cherche a le voir, la crucifixion dans Jean et le groupe des disciples apres la mort de Yeshoua dans les Actes.

Elle n'est pas presentee comme une deesse. Elle ne recoit pas de culte. Elle n'est pas appelee « Reine du Ciel ». Elle n'est pas montree comme distribuant les graces ou recevant les prieres. Elle n'est pas la source du salut.

La formule « Mere de Dieu », officialisee au concile d'Epheze en 431 dans un debat sur l'identite de Yeshoua, peut etre comprise techniquement comme une maniere de defendre que celui qui nait de Myriam est bien le Christ. Mais dans la devotion populaire, le titre a souvent glisse vers tout autre chose : une mere celeste dotee de fonctions presque divines.

Il faut garder une phrase simple : Myriam est la mere humaine de Yeshoua ; elle n'est pas D.

Deesses antiques et culte marial

Avant le christianisme, l'Empire romain et le monde mediterraneen connaissaient de nombreux cultes de deesses : Isis, Cybele, Artemis ou Diane, Demeter, Astarte, Ishtar et d'autres. Ces figures pouvaient etre meres, vierges, protectrices, guerisseuses, reines du ciel, intercesseuses ou mediatrices entre les humains et le monde divin.

Cybele etait appelee Magna Mater, la Grande Mere. Isis etait largement veneree dans l'Empire romain, souvent representee avec son enfant Horus. Artemis etait associee a la protection, a la naissance et a la virginite. Les habitants du bassin mediterraneen connaissaient donc depuis longtemps l'image d'une figure feminine sacree, protectrice, liee a un enfant divin et a des pratiques de procession, de pelerinage et de demande de protection.

Lorsque le christianisme s'est implante dans l'Empire, beaucoup de fonctions religieuses associees a ces deesses ont reparu dans la devotion a Myriam :

  1. Mere d'un etre divin.
  2. Reine du ciel.
  3. Protectrice des faibles.
  4. Intercesseuse ecoutant les prieres.
  5. Image de mere avec enfant.
  6. Sanctuaires, pelerinages, statues, couronnements, processions et ex-voto.

Il serait imprudent d'affirmer que tout le culte marial est une simple copie consciente d'un seul culte paien. L'histoire est plus complexe : il existe des debats christologiques, des besoins populaires, des evolutions liturgiques et des heritage locaux.

Mais nier les continuitees serait tout aussi peu serieux. Le culte marial a, dans les faits, repris de nombreuses fonctions symboliques jadis assumees par des deesses. On peut appeler cela « inculturation » si l'on veut defendre l'Eglise, ou « syncrretisme » si l'on veut souligner la fusion des traditions. Dans les deux cas, la ressemblance structurelle est visible.

Le resultat est qu'une femme juive historique, Myriam, a ete progressivement chargee d'attributs qui ressemblent a ceux d'une deesse-mere mediterraneenne.

Feminin divin et symbole

Reconnaitre cette derive ne suppose pas de rejeter toute image feminine du divin. Au contraire, il est possible de dire que D depasse les categories humaines de sexe et de genre tout en reconnaissant que le langage masculin exclusif est lui aussi un symbole limite.

D peut etre evoque comme Pere, mais aussi comme mere qui porte, nourrit et protege. D peut etre pense comme createur, source de vie, souffle, terre qui accueille, matrice cosmique. Nous sommes tous, hommes et femmes, enfants de D.

Dans la mystique juive, la Shekhinah designe la Presence divine qui demeure ou habite parmi les hommes. Dans certains courants de la Kabbale, elle recoit une coloration feminine symbolique : proximite, accueil, presence, immanence, communaute, terre et royaut.

Dans les langues bibliques, le mot pour esprit ou souffle possede parfois un genre grammatical feminin, comme rouah en hebreu. Cela ne demontre pas que D serait biologiquement feminin ; cela rappelle simplement que D n'est pas reductible au modele masculin du roi, du juge ou du pere autoritaire.

Cette vision peut etre feconde a condition de ne pas commettre une confusion :

  1. Le feminin divin est un langage symbolique pour dire la source de vie, l'accueil, la generation, le soin et la presence.
  2. Myriam est une personne humaine historique, mere de Yeshoua.

Faire de Myriam une deesse pour retrouver un feminin sacre est une solution facile, mais elle deforme l'histoire. Il est plus honnete de reconnaitre directement la dimension feminine symbolique de D sans transformer une femme reelle en idole religieuse.

La source et les messagers

L'amour, la confiance et l'adoration devraient aller d'abord a D, source de toute vie. Quand une institution religieuse deplace progressivement cet amour vers des etres humains - Myriam, les saints, puis les pretres, eveques ou papes - il existe un risque de glissement vers une idolatrie douce, meme si elle est habillee en langage theologique.

Il est legitime d'honorer une mere, un prophete, un sage, un messager ou une personne courageuse. Il est legitime de reconnaitre leur role, leur fidelite, leur humanite et leur apport. Mais l'honneur ne doit pas devenir adoration ; le respect ne doit pas devenir dependance ; un temoin ne doit pas devenir la source.

D peut envoyer des messagers : prophetes, sages, personnes inspirees, anges si l'on croit a leur existence, ou communautes portant une parole de verite. Mais aucun messager ne doit prendre la place de D, recevoir l'adoration due a D ou devenir un passage oblige pour acceder a D.

Dans cette logique :

  1. Myriam peut etre honoree comme mere de Yeshoua, femme de foi et disciple.
  2. Les prophetes et les apotres peuvent etre respectes comme temoins.
  3. Les anges peuvent etre compris comme serviteurs de D, non comme puissances independantes.
  4. L'adoration, la confiance ultime et l'abandon interieur vont a D seul.

Remettre D a sa place et les etres humains a leur place, c'est refuser de confondre le messager avec la source.

Miracles et foi

Je ne nie pas les miracles. Certains evenements depassent ce que la science peut expliquer aujourd'hui. Mais il faut se garder de deux erreurs opposees : nier par principe toute experience extraordinaire, ou appeler « miracle » tout ce que l'on ne comprend pas encore.

L'effet placebo est deja, en lui-meme, extraordinaire. Une attente positive, une relation de confiance, un rituel, une parole d'esperance ou la conviction de recevoir un soin peuvent influencer l'experience de la douleur, certains symptomes et parfois l'evolution d'un etat de sante. Cela ne signifie pas que toute maladie est imaginaire ni que toute guerison est psychologique. Cela signifie que le corps, le cerveau, l'emotion, la relation et le sens sont profondement lies.

Quand Yeshoua dit : « Ta foi t'a sauve », cette phrase peut etre lue a plusieurs niveaux :

  1. La personne retrouve une confiance profonde et se reconnecte a D.
  2. La personne mobilise des ressources interieures psychiques et corporelles.
  3. La personne est reconnue, relevee et reintegree dans une communaute au lieu d'etre abandonnee ou exclue.

Le miracle ne doit pas devenir un spectacle, un commerce spirituel ou une preuve de pouvoir pour une institution. Il peut etre recu avec joie, mais il ne doit pas detourner de l'essentiel : la foi, la transformation interieure, la gratitude et la relation directe avec D.

Dire « ta foi t'a sauve » ne signifie pas accuser les malades de manquer de foi lorsqu'ils ne guerissent pas. Une telle culpabilisation serait une cruaute. Cela signifie reconnaitre que la foi, l'esperance, la relation et le sens peuvent parfois ouvrir en l'etre humain des forces reelles et profondes.

Le pouvoir religieux

Une institution religieuse devient dangereuse lorsqu'elle confond sa propre autorite avec celle de D. Elle peut alors presenter des constructions tardives comme des verites eternelles, imposer une lecture unique des textes, culpabiliser les corps, controler la sexualite et demander la soumission au nom de la saintete.

Le risque n'est pas propre au catholicisme. Toute religion, toute ideologie, toute organisation politique ou spirituelle peut utiliser la peur, la honte, l'emotion, l'ignorance ou la dependance pour controler les personnes.

Dans certaines formes du catholicisme, plusieurs elements peuvent servir ce controle :

  1. Le peche originel, qui presente tout humain comme marque des sa naissance.
  2. La sexualite associee a la concupiscence et a la faute.
  3. La femme associee a Eve et a la tentation.
  4. Myriam transformee en ideal impossible de virginite, maternite et obeissance.
  5. La representation d'un Yeshoua-bebe doux et silencieux, plus facile a celebrer qu'un Yeshoua adulte qui interpelle les puissants.
  6. La multiplication de mediations institutionnelles ou devotionnelles entre l'etre humain et D.

Il faut cependant refuser les caricatures. Tous les catholiques ne sont pas manipulateurs, toutes les devotions ne sont pas oppressives et beaucoup de croyants trouvent dans Myriam une consolation reelle. Mais une consolation reelle ne rend pas automatiquement une doctrine historiquement vraie ou saine dans tous ses effets.

La question adulte est la suivante : cette croyance rend-elle l'etre humain plus libre, plus responsable, plus juste, plus aimant et plus lucide ? Ou le rend-elle plus craintif, plus infantile, plus dependant de l'institution et plus dispose a accepter une hierarchie injuste ?

D'ou je parle

Je suis ne dans une famille juive. Ma decouverte du christianisme ne s'est pas faite par une education religieuse chretienne, mais par la recherche personnelle, l'etude des textes, des contextes historiques et des courants des premiers siecles.

Ce qui m'a attire est le christianisme originel, celui qui reste a l'interieur du judaisme : les judeo-chretiens, les disciples juifs de Yeshoua, les traditions qui voyaient en lui le Messie d'Israel sans necessairement en faire un dieu incarne. Mes recherches m'ont notamment conduit a ecrire deux livres sur l'Evangile des Ebionites.

Les Ebionites sont connus de maniere indirecte par des adversaires ecclesiastiques des premiers siecles. Les reconstructions sont donc prudentes et discutables. Mais ils sont generalement decrits comme des judeo-chretiens attaches a la Torah, voyant Yeshoua comme un homme juste, Messie et prophete choisi par D, plutot que comme D lui-meme.

Cette tradition explique ma sensibilite : je cherche a retrouver un Yeshoua juif, prophete de D, et non une figure enfermee dans des elaborations grecques, romaines ou imperiales posterieures.

Science, foi et conscience universelle

De formation scientifique et informaticien, je suis habitue a raisonner avec rigueur, a verifier, a distinguer ce qui est demontre de ce qui est suppose et a reconnaitre honnetement les limites de ce qui est connu.

Cela ne m'empeche pas de croire en D. Je crois en D comme createur de l'univers, de la matiere, de l'espace, du temps et de la vie. Je ne le congois pas comme un etre humain agrandi ou un vieillard sur un nuage, mais comme une conscience universelle, une source de tout ce qui existe.

Cette conscience peut etre connectee a toutes les belles ames qui existent ou qui ont existe : prophetes, sages, justes, artistes, chercheurs de verite, personnes simples mais lumineuses. D n'est pas enferme dans une religion, une institution ou un dogme. Il est plus grand que tout cela, meme si certaines traditions peuvent en dire quelque chose de vrai.

Dans cette vision :

  1. D est la source, le createur et la conscience universelle.
  2. Yeshoua, Myriam, les prophetes, les sages et les anges sont des messagers, des temoins ou des ames connectees a cette source.
  3. Aucun etre humain, aucun texte et aucune institution ne peut contenir D tout entier.

Yeshoua : messager et prophete

Yeshoua est pour moi un prophete juif, fidele a D, porteur d'une parole de verite, de justice et de misericorde. Il est un homme choisi par D, oint de l'Esprit au moment de son bapteme, envoye pour annoncer le Royaume et rappeler les etres humains a la fidelite, a la justice et a l'amour.

Il est un messager, non la source. Il est un frere aine et un maitre de vie, non un dieu a utiliser pour eviter la relation directe avec D.

Cette lecture n'oblige pas a mepriser les chretiens trinitaires ou les catholiques. Elle oblige simplement a reconnaitre qu'il existe plusieurs lectures anciennes de Yeshoua et que les dogmes devenus majoritaires ne sont pas les seules manieres historiques de le comprendre.

Revenir au message adulte

Revenir a Yeshoua adulte ne signifie pas construire une nouvelle idole. Cela signifie recentrer la recherche sur ce qui est le plus fort dans les recits evangeliques : une parole exigeante adressee a des adultes responsables.

Yeshoua appelle a aimer D de tout son etre et son prochain comme soi-meme. Il parle du Royaume, de justice, de pardon, de verite, de coherence entre les paroles et les actes. Il se tient parmi les pauvres, les malades, les exclus. Il denonce les hypocrites religieux qui chargent les autres de fardeaux qu'eux-memes ne portent pas.

Ce message ne demande pas de mepriser les femmes, de hair le corps, de considerer la maternite comme impure ou de prier une femme devenue deesse. Il demande une conversion du coeur et des actes : sortir du mensonge, de la violence, de l'avidite, de la domination et de l'hypocrisie.

La maitrise des pulsions a sa place dans cette vision, non comme haine de la sexualite, mais comme apprentissage de la liberte. L'etre humain n'est pas libre s'il est gouverne par ses impulsions. Mais il n'est pas libre non plus s'il est gouverne par la honte que des autorites lui ont inculquee.

La vraie discipline n'ecrase pas. Elle rend capable d'aimer sans posseder, de desirer sans dominer, de fonder une famille sans humilier, de chercher D sans abandonner son intelligence.

Conclusion ouverte

Myriam peut etre honoree comme mere de Yeshoua, femme juive de son temps, figure humaine de courage et de fidelite. Elle ne doit pas etre reduite a une image de purete sexuelle impossible, ni elevee au rang d'une deesse absorbant les fonctions d'Isis, de Cybele ou d'autres figures antiques.

Le feminin peut etre reconnu comme symbole du divin : D source de vie, presence qui habite le monde, souffle, terre, accueil, mere de tous les vivants. Mais ce symbole n'exige pas de falsifier l'histoire d'une femme reelle.

Le chemin le plus honnete consiste a distinguer :

  1. D, au-dela de nos images masculines et feminines.
  2. Myriam, mere humaine de Yeshoua.
  3. Yeshoua adulte, porteur d'un message de verite, de justice et de transformation.
  4. Les dogmes, cultes et institutions, qui doivent rester soumis a l'examen critique plutot que se faire passer pour D lui-meme.

La foi qui merite confiance ne demande pas d'eteindre l'intelligence. Elle invite a chercher, verifier, discerner, aimer la verite et refuser toute domination qui se deguise en sacre.

Reperes pour approfondir

  1. Evangiles : Marc 1,9-11 ; Marc 3,31-35 ; Marc 6,3 ; Matthieu 3,13-17 ; Matthieu 13,55-56 ; Luc 3,21-22 ; Jean 2,1-12 ; Actes 1,14.
  2. Catechisme de l'Eglise catholique, sections 396-409, sur le peche originel.
  3. Pie IX, Ineffabilis Deus, 8 decembre 1854, definition de l'Immaculee Conception.
  4. Concile d'Epheze, 431, debats autour du titre Theotokos.
  5. Etudes historiques sur Augustin, la concupiscence et le peche originel.
  6. Etudes sur l'histoire du culte marial, les cultes d'Isis et de Cybele et l'iconographie mere-enfant dans l'Antiquite tardive.
  7. Travaux de theologie feministe sur Eve, Marie, la sexualite, la maternite et le pouvoir ecclesial.
  8. Etudes sur la Shekhinah dans la mystique juive et sur les metaphores feminines du divin.
  9. Sources patristiques a comparer : Irenee de Lyon, Origene, Eusebe de Cesaree, Epiphane de Salamine ; ces sources sont souvent hostiles aux judeo-chretiens et doivent etre lues avec prudence.

Note de methode

Les sujets religieux melent histoire, foi, interpretation et experience personnelle. Il faut distinguer ce qui est atteste par les textes, ce qui releve d'une doctrine ulterieure, ce qui est une hypothese historique et ce qui releve d'une conviction spirituelle.

Lorsqu'une affirmation ne peut pas etre verifiee, la reponse honnete est : « Je ne sais pas. »