Le Graviola (Corossol) : Ce Que l'On Sait Vraiment
Le graviola, également appelé corossol ou soursop, est le fruit de l'arbre *Annona muricata*, originaire des régions tropicales d'Amérique, d'Afrique et d'Asie du Sud-Est. Ce fruit à la peau verte épineuse et à la chair blanche juteuse est consommé depuis des siècles, aussi bien pour ses qualités gustatives que pour ses usages en médecine traditionnelle. Différentes parties de l'arbre (feuilles, écorce, graines, racines) ont été utilisées pour traiter divers maux, des infections parasitaires aux troubles digestifs.
Le graviola contient plus de 200 composés bioactifs. Les plus étudiés sont les acétogénines annonacées (notamment l'annonacine), des flavonoïdes, des alcaloïdes et des polyphénols. Ces molécules présentent des propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires mesurables en laboratoire.
De nombreuses études in vitro (en éprouvette) ont démontré que des extraits de graviola peuvent tuer des cellules cancéreuses. Les lignées cellulaires testées incluent des cancers du sein, du poumon, du côlon, de la prostate, du pancréas et du foie.
Mécanismes identifiés : Les acétogénines semblent bloquer la production d'ATP dans les mitochondries des cellules cancéreuses, provoquant leur mort par apoptose (mort cellulaire programmée). Elles inhibent également certaines voies de signalisation et réduisent l'approvisionnement en glucose des cellules tumorales.
Des études sur des rats et souris porteurs de tumeurs ont montré des réductions de la taille tumorale et un ralentissement de la progression du cancer. Ces résultats sont cohérents avec les observations in vitro.
Le point essentiel : Il n'existe aucun essai clinique rigoureux (phase II ou III) démontrant que le graviola traite efficacement le cancer chez l'humain. Pas de données sur la posologie optimale, pas de comparaison avec les traitements standards, pas de validation sur de larges populations de patients.
Un cas clinique isolé rapporte une patiente avec cancer du sein métastatique ayant maintenu une maladie stable pendant 5 ans sous graviola combiné avec la capécitabine (un médicament anticancéreux). Mais un cas unique ne permet aucune conclusion : impossible de déterminer ce qui a réellement fonctionné.
Pourquoi ce manque d'études ? Comme expliqué dans la première partie de cet article, le graviola ne peut pas être breveté tel quel. Aucun laboratoire n'investira les dizaines de millions nécessaires aux essais cliniques sans perspective de retour financier. Ce n'est pas que le graviola ne marcherait pas - c'est qu'on ne le sait tout simplement pas, et le système actuel ne cherche pas à le découvrir.
Cancer Research UK, l'American Society of Clinical Oncology et le Memorial Sloan Kettering Cancer Center indiquent tous que les preuves actuelles ne permettent pas de recommander le graviola comme traitement anticancéreux. C'est factuel : sans essais humains, impossible de faire des recommandations officielles.
Les extraits de graviola (pulpe, feuilles, graines) inhibent deux enzymes clés de la digestion des glucides : l'α-amylase et l'α-glucosidase. En ralentissant la dégradation des sucres complexes, ils réduisent l'absorption du glucose après les repas - un mécanisme similaire à certains médicaments antidiabétiques.
Plusieurs études sur des rats diabétiques ont montré des résultats cohérents et encourageants :
Une méta-analyse de 2025 a confirmé ces effets hypoglycémiants sur plusieurs modèles animaux différents.
Encore une fois, aucun essai clinique humain rigoureux n'a validé ces effets chez les diabétiques. Les doses efficaces et sûres, la durée de traitement optimale, les interactions avec les médicaments antidiabétiques restent inconnues.
Parlons franchement des risques, sans dramatiser mais sans les minimiser non plus.
Des études épidémiologiques en Guadeloupe ont identifié une corrélation entre consommation importante et régulière de graviola (notamment des infusions quotidiennes de feuilles pendant des années) et des troubles neurologiques ressemblant à la maladie de Parkinson. L'annonacine, présente surtout dans les graines et les feuilles, serait responsable.
Mettons cela en perspective :
Comparaison : L'alcool cause des dommages hépatiques et neurologiques avec une consommation chronique importante, mais un verre de vin occasionnel ne pose pas de problème à la plupart des gens. Le principe est similaire ici.
Hypotension : Le graviola peut abaisser la tension artérielle. Si vous prenez déjà des médicaments antihypertenseurs, une consommation régulière pourrait amplifier l'effet.
Hypoglycémie : L'effet hypoglycémiant, bien que potentiellement bénéfique, peut être problématique pour les diabétiques sous médication. Risque de baisse excessive du glucose sanguin.
Interactions médicamenteuses : Des interactions ont été observées in vitro avec la metformine et potentiellement d'autres médicaments.
Toxicité hépatique et rénale : Observée chez les animaux à fortes doses sur de longues périodes. Pertinence chez l'humain à doses normales : inconnue.
Par prudence, le graviola sous forme concentrée est déconseillé :
Le fruit frais ou le jus commercial (consommation occasionnelle) : Risque très faible, probablement comparable à n'importe quel fruit tropical.
Les infusions de feuilles occasionnelles (1-2 fois par mois) : Risque faible basé sur ce qu'on sait des cas problématiques.
Les extraits concentrés quotidiens (capsules, poudres) sur le long terme : Zone de risque moins claire, prudence justifiée, surtout sans supervision médicale.
## Ce Que l'On Sait, Ce Que l'On Ignore
✓ Effets cytotoxiques réels contre des cellules cancéreuses en laboratoire ✓ Activité hypoglycémiante chez les animaux avec des mécanismes plausibles ✓ Présence de composés bioactifs aux propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires ✓ Mécanismes d'action identifiés et cohérents
✗ Efficacité réelle chez l'humain pour le cancer ou le diabète ✗ Dosages optimaux et sûrs pour un usage thérapeutique ✗ Durée de traitement appropriée ✗ Seuils précis de sécurité pour éviter les effets indésirables ✗ Interactions complètes avec les médicaments courants
Ce n'est pas par manque d'intérêt scientifique, mais par absence d'incitation économique à financer les essais cliniques coûteux sur un produit non brevetable. Un système défaillant, pas une plante inefficace.
Jus de fruit, fruit frais : Profitez-en sans inquiétude excessive. Le risque est comparable à celui de n'importe quel aliment.
Infusions de feuilles occasionnelles : Une consommation modérée (quelques fois par mois) se situe probablement dans une zone de risque acceptable. Tout est question de fréquence et de durée.
1. Parlez-en à un professionnel de santé qui connaît votre situation médicale complète, vos médicaments, vos conditions préexistantes
2. Ne remplacez jamais un traitement conventionnel éprouvé sans avis médical, surtout pour des maladies graves comme le cancer ou le diabète
3. Surveillez les effets : Tout symptôme neurologique inhabituel, hypoglycémie, hypotension ou autre effet secondaire mérite attention
4. Informez tous vos médecins de votre consommation, surtout avant une intervention ou si vous commencez un nouveau traitement
5. Privilégiez la modération : Les extraits très concentrés sur de longues périodes se situent dans une zone de risque moins bien définie
Le graviola n'est ni un remède miracle ni un poison dangereux. C'est une plante tropicale avec des propriétés biologiques intéressantes, des résultats préliminaires prometteurs, et des risques qui semblent liés principalement à des consommations importantes et prolongées.
Comme pour beaucoup de choses dans la vie - café, alcool, exercice intense, soleil - c'est la dose, la fréquence et le contexte individuel qui déterminent si c'est bénéfique, neutre ou problématique.
Le graviola mérite qu'on s'y intéresse sérieusement. Les résultats de laboratoire et sur animaux sont suffisamment cohérents et prometteurs pour justifier des investissements dans la recherche clinique humaine. Malheureusement, le système économique actuel ne favorise pas ces études.
En attendant que la science rattrape son retard, une approche raisonnable consiste à :
Le vrai scandale n'est pas que les gens s'intéressent au graviola - c'est qu'après des décennies de résultats préliminaires intrigants, nous n'ayons toujours pas les réponses définitives que méritent les malades.
https://www.naturaforce.com/prevenir-et-combattre-naturellement-le-cancer/graviola/
https://www.bionaturista.net/graviola-corossol-perou-origine-proprietes-bienfaits-posologie.html