====== Les Albigeois (ou Cathares) ===== **Les Albigeois (ou Cathares)** étaient les adeptes d’un mouvement religieux dualiste du Moyen Âge, principalement implanté dans le Languedoc (Sud de la France, autour d’Albi, Toulouse, Carcassonne, etc.) et aussi en Italie du Nord, aux XIIe et XIIIe siècles. Le nom « Albigeois » vient de la ville d’Albi, où le mouvement était particulièrement visible ; « Cathares » (du grec *katharos*, « purs ») est un terme plus tardif (surtout popularisé au XIXe siècle). Ils se désignaient eux-mêmes comme « Bons Hommes », « Bonnes Femmes » ou « Bons Chrétiens ». ### Dates principales - **Apparitions précoces** : Premières mentions de groupes dualistes/manichéens dans le Sud vers 1012-1022 (Limousin, Toulouse). Le mouvement se structure et s’étend fortement au XIIe siècle. - **Organisation** : Concile/assemblée de Saint-Félix-de-Caraman (vers 1167 ou 1170s), qui organise une Église cathare avec des évêques. - **Croisade albigeoise** : 1209-1229 (proclamée par le pape Innocent III après l’assassinat de son légat Pierre de Castelnau en janvier 1208). - 1209 : Sac et massacre de Béziers ; prise de Carcassonne. - 1213 : Bataille de Muret (mort de Pierre II d’Aragon). - 1229 : Traité de Paris (ou Meaux-Paris) qui met fin à la phase principale et rattache le Languedoc à la couronne de France. - **Résistance et fin** : Prise de Montségur en 1244 (bûcher de nombreux « parfaits »). L’Inquisition (à partir de 1233 environ, souvent dominicaine) poursuit la répression. Derniers foyers et figures (comme Peire Authié) au début du XIVe siècle ; disparition progressive vers 1320-1350. ### Pourquoi ont-ils été persécutés ? L’Église catholique les considérait comme une hérésie grave menaçant l’unité de la foi et son autorité. Leurs doctrines dualistes niaient des points centraux du catholicisme (création du monde par le Dieu unique, Incarnation réelle du Christ, validité des sacrements, etc.). Ils critiquaient aussi ouvertement la richesse, la corruption et le pouvoir temporel du clergé, ce qui attirait une partie de la population et de la noblesse locale (notamment les Trencavel et certains comtes de Toulouse). Le contexte politique joua un rôle majeur : le Languedoc était relativement indépendant et prospère ; les seigneurs locaux toléraient ou protégeaient les « hérétiques ». La croisade permit aux barons du Nord (sous Simon de Montfort notamment) et ensuite à la royauté française (Louis VIII, puis Saint Louis) de conquérir ces territoires. L’assassinat du légat en 1208 servit de déclencheur. Après la croisade militaire, l’Inquisition systématisa la chasse aux hérétiques (dénonciations, interrogatoires, bûchers). Des milliers de personnes (cathares et non-cathares) furent massacrées, brûlées ou dépossédées. ### Leurs valeurs et croyances Le catharisme était un **dualisme** (absolu ou mitigé selon les groupes) : - Deux principes opposés : un Dieu bon (spirituel, créateur du monde invisible/céleste) et un principe mauvais (souvent identifié à Satan ou au Démiurge, créateur du monde matériel imparfait et corrompu). - L’âme humaine est d’origine divine/angélique, emprisonnée dans un corps matériel. Le but de la vie est de se libérer de la matière pour retourner à Dieu (parfois via des réincarnations successives). - Jésus était vu comme un être spirituel/angélique (docétisme : son corps et sa souffrance étaient apparents, non réels). Rejet fréquent de l’Ancien Testament (associé au Dieu mauvais) et critique de l’Église romaine comme fausse et corrompue. - Vie ascétique stricte pour les « Parfaits » (*perfecti*) : refus de la viande et des produits animaux, jeûnes sévères, chasteté totale (pas de mariage ni de relations sexuelles, car procréer enferme une âme dans la matière), pauvreté, non-violence. Les « croyants » (*credentes*) menaient une vie plus ordinaire et recevaient le *consolamentum* (imposition des mains, unique sacrement principal, équivalent à baptême/ordination/extrême-onction) souvent en fin de vie. - Égalité relative hommes/femmes (des femmes pouvaient être « parfaites »), simplicité évangélique, critique de la hiérarchie et des richesses ecclésiastiques. Ils s’inspiraient en partie de courants antérieurs (bogomiles des Balkans, influences manichéennes/gnostiques plus lointaines). ### « Secrets » Il n’y avait pas de « secrets » ésotériques au sens de doctrines cachées mystérieuses comme dans certaines légendes modernes. Leur doctrine était relativement connue (dénoncée dans les conciles et les traités anti-hérétiques). Le *consolamentum* était leur rituel central, et certains textes (comme le *Livre des deux principes* ou des versions de l’Évangile de Jean) circulaient. La clandestinité s’est imposée avec la persécution : ils se cachaient, utilisaient des réseaux de protection (souvent chez des nobles ou des familles sympathisantes), et certains rituels se faisaient en secret. Après Montségur et sous l’Inquisition, le mouvement est passé complètement dans la clandestinité jusqu’à son extinction. Les « secrets » populaires d’aujourd’hui (trésor de Montségur, liens avec le Graal, etc.) relèvent surtout de reconstructions romantiques ou ésotériques postérieures, sans base historique solide. En résumé, les Albigeois représentaient une alternative radicale au christianisme catholique dominant, fondée sur un dualisme radical et une éthique de pureté. Leur persécution a marqué la fin de l’indépendance relative du Midi occitan et l’affirmation du pouvoir royal français et de l’Inquisition. Voir aussi : Les [[vaudois]] Les [[Lollards]] Les [[huguenots]] [[christianisme_face_au_catholicisme]]